De la défécation dans le monde merveilleux de l’entreprise

juin 25, 2009 at 10:57 (Considérations Esthétiques) ()

Shalom, la plèbe !

Je tenais à vous livrer cette expérience personnelle troublante, que je fus amené à faire au détour d’un passage dans les gogs de ma vénérable entreprise, et que j’ai compté à un ami de promotion dans la lettre ci-dessous :

——————————————-

Pour en revenir au vif du sujet (car je sais très bien que vous avez à peine lu les lignes précédentes, puisque vous étiez avide de tomber sur LE passage, celui consacré aux frivolités crasseuses que je ne vais sans doute pas manquer de développer plus bas), voilà la petite considération triviale et immonde que je souhaitais vous faire partager l’autre jour :

Comme je vous l’ai expliqué il y a quelques temps, je me brosse les dents après le repas de midi désormais, afin de m’épargner les œdèmes purulents sous caries, ou encore l’arrachage de molaires et le percement de l’os mandibulaire, car j’en ai soupé (sur une seule dent, j’ai eu tout ça). Or, comme je vous l’avais raconté dans le même message, ce brossage post-déjeuner se fait assez souvent dans une douce ambiance olfactive, feutrée d’odeurs viriles et très personnelles, vu que mes chers collègues s’en vont pour une bonne partie couler un bronze après le repas.

Ce qui arrive fréquemment aussi – et qui s’annonce souvent comme l’imminence d’une note supplémentaire raffinée à cette (déjà complexe et sophistiquée) architecture olfactive –, c’est qu’une personne rentre dans le local des toilettes précisément au moment où je me brosse les dents. Et là, bien souvent, je lis un mélange subtil de détresse et de haine dans ses yeux.

Mais j’y souscris tout à fait, et je les comprends, ces pauvres gens. Ils entrent dans ce local avec en tête la certitude d’un soulagement et d’un plaisir imminent à se délester de leur fardeau. Ils savent qu’inexorablement, dans quelques secondes, ils pourront savourer le plaisir de l’étron coulissant dans le fourreau huilé de leurs muqueuses, la masse compacte et dense de leurs selles glissant harmonieusement hors de leur sphincter, éteignant l’alarme musculaire qui auparavant leur hurlait de toute sa force la nécessité d’aller évacuer tout ça. A ces vibrants trémolos musculaires viendra s’ajouter peu après l’émouvante symphonie des odeurs, mais cette fois-ci des odeurs personnelles, propres ; et je qualifierai quiconque d’infâme menteur, qui prétendrait qu’il n’y a pas quasiment à chaque fois, dans ces rencontres fraternelles avec sa propre odeur intime, un parfum de retrouvailles, d’apaisement, et presque de plaisir…

C’est véritablement un moment très tendre, de joie profonde et de communion solennelle avec son propre corps. Un moment qui convoque d’ailleurs un tel degré d’intimité et de solennité qu’on le vit systématiquement seul. Ce point est l’un des rares dénominateurs commun à toutes les sociétés humaines, peu importe leur degré de civilisation : l’homme est le seul vertébré supérieur de la création qui mange volontiers en communauté mais qui s’isole systématiquement pour déféquer. C’est dire à quel point le désir de communier ainsi seul avec soi-même lors de ce rituel défécatoire est ancré profondément dans nos gênes. La merde, c’est une affaire hautement privée, voilà tout !

Et au lieu de cela, qu’est-ce qu’ils trouvent, en arrivant dans ces chiottes ? Un boulet qui va les empêcher d’être tranquille pendant leur besogne, puisqu’il se brosse les dents et qu’il en a encore vraisemblablement pour plusieurs minutes. C’est tragique et insupportable !

Tragique car cela gâche le plaisir, voilà pourquoi ! Ce qui devrait être une puissante expérience sensorielle et mystique devient l’endroit d’une gêne absolue, d’un sentiment de honte et d’opprobre qui vous prend à la gorge. Au lieu de s’épanouir dans la jouissance du soulagement, on se recroqueville de honte à chaque pet, à chaque plouf, alors que livré à soi-même on en tirerait une sorte de satisfaction virile s’apparentant presque à de la fierté !

La défécation parasitée par la certitude que quelqu’un vous entend, c’est l’exacte transcription négative et douloureuse de ce qui devrait n’être qu’une positivité pure ! Chaque vibrations sonores qui devrait accompagner avec grandeur et puissance le feu d’artifice sensoriel devient une petite lame acide et pointue qui se fiche avec une violence inouïe dans l’ego !

Je le sais, car je l’ai vécu moi aussi. A Louis le Grand, je détestais cette promiscuité dans les gogs de l’internat. C’était à un point tel, que je devais me boucher les oreilles, non pas pour m’épargner les bruits des autres, mais bel et bien pour amoindrir la perception que je pouvais avoir de mes propres bruits, afin de ne plus en concevoir de honte paroxystique.

Alors je les comprends, ces pauvres gens. Moi aussi, sans doute, j’en éprouverais presque de la haine ! Je sympathise avec leur rancœur.

J’ai noté que parfois, certains se la jouent coquette. Ils entrent, ils me voient, ils choisissent une porte et… rien ! Ils ne commenceront rien tant que je ne serai pas parti ! Et bien oui, eux, on ne la leur fait pas ! ;-)

J’ai encore bien rigolé en écrivant ces conneries. Il faut sérieusement que je consulte, là, je fais un blocage sur le caca, c’est manifeste !

> Tiby <

Permalien Laisser un commentaire

Sa Médiocrité Minor

juin 25, 2009 at 11:50 (Pop-Corn Movies) ()

Il y a des signes qui ne trompent pas, des comportements qui vous mettent irrémédiablement à l’index de la société. La coprophilie est de ceux-là.

Déjà petit je montrais des prédispositions pour cet amour de la matière fécale. Je prenais plaisir à rester des heures entières à macérer dans la même couche souillée. J’hurlais comme un dément si mes parents voulaient me langer. Je tapais des crises de nerfs horribles et interminables au simple contact du talc sur mes fesses salies. J’enrageais rien qu’à l’idée de me vider dans un pot sans pouvoir ensuite sentir ce doux et chaud contact sur mon postérieur.

Quelques années plus tard, je m’amusais avec les déjections canines qui, telles des pierres précieuses, embellissent nos rues si ternes. Je sautais dessus à pieds joints, éclaboussant ainsi les devantures de magasins et les insouciants passants qui étaient à proximité. Je ramassais à mains nues ces exquis petits boudins marrons et les déposais amoureusement dans des boites aux lettres ou sur des paillassons. Il m’arrivait de ramener les plus belles chez moi, enveloppées dans des mouchoirs de soie. Je les conservais alors comme on conserve de Saintes Reliques : pieusement et passionnément. Hélas, ma collection, pas plus que son odeur, n’était du goût de mes parents.
Incompréhensifs, ils décidèrent de m’envoyer chez le psy.

Docteur Bernard. Tel est le nom de l’homme qui a su mettre en mots mon amour immodéré pour la chiasse. Dans son cabinet, je découvrais, ébahi et transi d’une joie nouvelle, les expressions “phase anale”, “plaisir rectal”, “scatologie”, “coprophilie”, “matière fécale”… Au grand dam de mes parents, n’y avait pas de remède à mon mal. Pas de médicaments, pas d’efficacité dans un suivi psychologique. Ils ont donc opté pour les roustes et les mandales. Mais rien n’y faisait : en dépit des coups, je prenais toujours autant de plaisir au contact de la merde.

Les choses se sont accélérées à la puberté. Je découvrais mon attirance pour les garçons, les joies de la sodomie et du relâchement de sphincters lors du coït. En parallèle, je donnais à ma passion une dimension plus intellectuelle : je cherchais dans les livres et les arts ce sujet qui m’était si cher. Je me délectais ainsi des gags scatos de Trainspotting ou Dumb and Dumberer et atteignais l’orgasme en m’enfilant la filmo de Christian Clavier. Je dévorais aussi les œuvres les plus chiatiques de la littérature ( celles de Duras et Péguy en tête ) avant de m’émerveiller du travail de Delvoye.

Je quittai les bancs de l’école à mes dix-huit ans et me mis en chasse d’un boulot. Décidé à faire de ma passion mon gagne pain, j’entrais en apprentissage chez un artisan chocolatier. Celui-ci me renvoya peu après – visiblement, ses clients n’avaient aimé ni mes truffes, ni ma ganache. Je ne désespérais pourtant pas et allais offrir mes services à une entreprise d’entretien de fosses septiques. Hélas, je fus limogé : au lieu de vidanger les fosses, je faisais remonter leur contenu dans les diverses tuyauteries, ce qui, vous vous en doutez, donnait lieu à certains désagréments pour les clients.

C’est au moment où je commençais à douter de moi que j’eus LA révélation ! Assis dans un confortable fauteuil d’une salle du Gaumont Parnasse, regardant avec émerveillement la toile sur laquelle était projeté Sa Majesté Minor, je sus enfin qu’on pouvait faire de la merde et en tirer un substantiel profit. Je sais donc maintenant ce que je veux faire comme métier. Je veux faire Jean-Jacques Annaud !

Permalien Laisser un commentaire